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ÊTES-VOUS AGRÉABLE QUAND VOUS ÉCRIVEZ ? VOTRE ENTOURAGE EST-IL RÉACTIF À VOS PÉRIODES D'ÉCRITURE - QU'ELLES DURENT DEUX SEMAINES OU DIX MINUTES ?

Marianne Desroziers : C'est quand il n'écrit pas qu'un écrivain peut être difficile à supporter. Quand on écrit, on a toujours l'esprit un peu ailleurs que dans le réel car on est immergé dans le roman ou le recueil en cours d'écriture mais l'entourage s'habitue. Et les écrivains ne sont pas pires que les peintres par exemple.

Stéphane Bernard : Quand il doit écrire et ne trouve pas encore le temps pour, l'écrivain tourne comme un tigre dans sa cage.

Audrey Whynot : Pareil quand il écrit ou peint, ou sculpte, sauf que ça se voit qu'il tend... un instant. (Et peut-être libère... un instant.)

Dominique Boudou : Ni plus ni moins agréable que d'habitude. Le temps de l'écriture est aussi un temps ordinaire même s'il peut demander une durée plus longue. Quant à mon entourage, c'est-à-dire ma compagne, comme elle écrit aussi. Pas de réaction particulière.

Alain Guillaume : Vivant seul, aucun dommages collatéraux.

Stéphane Bernard : Bon, je vais mettre des griffes à ma nouvelle question : Si vous écrivez et qu'on frappe à la porte, vous ouvrez ou vous faites le mort ?

Murièle Modély : En ce qui me concerne, l'écriture (ma façon d'envisager l'écriture) me sépare du reste de la famille. En phase « d'effervescence », je suis à la fois avec et hors, un peu de surplomb/en retrait (selon), me fais l'effet d'un robinet ouvert qui coule, donc du mal à entendre le monde sous le bruit du flux continu. Ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes parfois. Si quelqu'un frappe à la porte, je réponds (au mieux), ou m'interromps (a minima) mais continue de tricoter dans ma tête.

Rodrigue Lavallé : A peu près pareil que Murièle. Paraît que j'ai l'air absent. Et c'est sans doute assez vrai puisqu'une partie des événements m'échappent, des conversations dont j'ai quasiment pas de souvenirs mais auxquelles j'ai participé activement. Ça doit être chiant pour les autres.

Stéphane Bernard : Merci, Murièle, pour les quelques gouttes reçues de cette belle vision. Je vous rejoins avec Rodrigue, oui, c'est quelque chose de cet ordre. Et j'en profite pour préciser que je parlais de l'entourage « élargi » (foyer, mais aussi amis, collègues de travail, voisins, etc.).

Rodrigue Lavallé : Bah, pour ce qui me concerne, les collègues-amis-voisins grosso modo s'en foutent. J'imagine que dans ces moments-là, j'ai l'air juste un peu plus bizarre que d'habitude, mais la différence doit pas être énorme. Et puis peu savent que j'écris, c'est trop chiant à expliquer.

Stéphane Bernard : Trop chiant à expliquer, oui. J'évite aussi.

Cédric Bernard : Ça peut dépendre de ce qui est écrit. Mais écrit de préférence très tôt le matin, entre café, clope, douche et coup de fusil, ou aux insomnies, donc personne pour « subir ». Impossible d'écrire lorsqu'il y a de la « vie » autour, et la vie passe avant.

Rodrigue Lavallé : J'aimerais être capable de n'écrire qu'à certaines heures. Mais ça fait ce que ça veut quand ça veut.

Cédric Bernard : C'est un peu comme pisser, je me retiens.

Rodrigue Lavallé : Ah oui, bien-sûr, comme une envie de pisser. Mais comme une envie de pisser ça finit par prendre la tête. Je veux dire par là que les périodes d'écriture, pour moi, ça inclut aussi les moments « entre » ceux où on écrit vraiment avec stylo et clavier.

Cédric Bernard : En ce cas, oui, les périodes sont longues. Et prises de têtes.

Brigitte Giraud : Quand ça sonne, je réponds toujours. Porte ou téléphone, je réponds. Je n'ai pas l'écriture triste. C'est juste mon truc à moi. Que personne ne peut me prendre. Et puis j'aime bien le soir pour ça. On embête personne quand on écrit. Pourquoi le faudrait-il ? C'est un plus dans la tête qui vit aussi tout seul.

Stéphane Bernard : Mais les autres, eux, le peuvent, nous embêter.

Cathy Garcia : Je suis une incomprise...

Anna de Sandre : Quand j'écris et qu'on essaye de me déranger, ça me rend sociopathe. Si je voulais écrire et que je dois y renoncer, ça me rend également sociopathe.

Stéphane Bernard : Merci, Anna, vous me rassurez ! 

Francesco Pittau : Je ne suis qu'Amour et Bienveillance.

Dominique Boudou : Je ne réponds que rarement au téléphone car je déteste cet engin, que je sois ou non en train d'écrire. Mais j'ouvre la porte quand ça sonne, remettant à plus tard mes griffonnages.

Stéphane Bernard : Je respecte aussi les gens qui ont fait le chemin jusqu'à ma porte, et j'ouvre. Cependant c'est vrai que j'ai une sale réputation concernant le téléphone.  Mais je trouve qu'être appelé c'est un peu comme être sifflé dans la rue. Une forme d'ordre auquel j'ai du mal à répondre

Rodrigue Lavallé : Pour le téléphone, je dois avoir le même genre de réputation, je déteste ça et ça se sent. Mais ça a pas grand-chose à voir avec écrire ou pas.

Stéphane Bernard : Bah voilà, on creuse, on creuse, et puis on se rend compte qu'il y en a qui ne sont pas si gentils que ça...  En tout cas, écrire - pour certains - rend un peu (beaucoup ?) « stoned » - cet aspect présence/absence. Monde parallèle oblige. L'entourage non-averti peut effectivement se faire un peu de mouron.

Audrey Whynot : « Monde parallèle oblige » ce serait un bon motto - les « services » ensuite n'ont qu'à se placer (comme ça, eux aussi, apprennent un peu de « leur » monde).

Al Denton : Je ne suis jamais agréable, sauf accident. Et ça n'a rien à voir avec l'écriture, malheureusement.

Thierry Roquet : Je suis concentré quand j'écris et désagréable quand on me dérange.

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